Ouvrir le menu principal

Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/260

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Son corps étant couvert de blessures, et ses forces épuisées, il fut pris d’une dyssenterie qui remporta en quelques jours. Il mourut en prison, vers la fin de la cinquième lune, à l’âge de trente-six ans. Anastasie Tsiang, née à l’île Iok-niou-to dans le golfe voisin de la capitale, fut instruite de la religion à l’âge de vingt-cinq ans. Devenue veuve quelque temps après, sans maison, sans ressources, elle avait passé le temps de la persécution, en se cachant de côté et d’autre, puis enfin, ayant retrouvé son neveu Jacques, était venue demeurer avec lui. Elle ne faiblit pas dans les supplices, et fut renvoyée à la prison avec les autres confesseurs.

Plusieurs mois se passèrent sans que le gouvernement prît aucune résolution à leur égard. Cependant, il fallait se débarrasser d’eux de quelque manière. D’après la loi, un chrétien non apostat ne peut être remis en liberté ; d’un autre côté, on ne voulait pas recommencer des exécutions publiques avec grand appareil. On résolut donc de les étrangler secrètement. André He et François Kouen moururent les premiers, après plus de six mois de prison, le 10 de la huitième lune 1841. François avait alors quarante-six ans ; on ne sait pas l’âge exact d’André. Un chrétien, probablement un apostat, délivré le matin de ce même jour, leur faisant ses adieux et les plaignant de leur triste sort, André He lui répondit : « Ce n’est pas nous qu’il faut plaindre, au contraire, nous n’avons jamais été si heureux. » Quelques jours plus tard, le 14 de cette même huitième lune, Anastasie Tsiang fut aussi étranglée, à l’âge de quarante-huit ans. Enfin Philippe périt par le même supplice, après sept mois de captivité, le 23 de la neuvième lune, à l’âge de cinquante et un ans.

Le supplice de ces confesseurs se rattache, comme on l’a vu, à la grande persécution de 1839, qu’il vint clore d’une façon bien glorieuse pour l’Église de Corée. Le nombre des prisonniers était sans doute très-petit en 1841, mais jamais peut-être il n’y eut, proportion gardée, si peu d’apostats et tant de martyrs.


Après avoir eu mille fois l’occasion d’admirer le courage et la patience de nos néophytes, devant les tribunaux et devant la mort, reposons-nous quelques instants dans le récit des vertus cachées d’une âme revenue, il est vrai, bien tard à son Dieu, mais qui, dans ses dernières années, semble avoir marché à pas de géant dans les voies de la perfection. Il importe de ne pas laisser perdre des souvenirs encore vivants aujourd’hui dans le cœur d’un grand nombre de chrétiens, mais que le temps ferait rapidement disparaître.