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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/235

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la mit plus de vingt fois à la torture. Tout fut inutile. Transférée au tribunal des crimes, elle subit trois nouveaux interrogatoires et fut enfin condamnée à mort. Le jour de l’exécution étant arrivé, toutes les chrétiennes de la prison s’affligeaient de son départ ; elle les consola, les exhorta à demeurer fermes dans la confession de leur foi, et s’en alla joyeuse au supplice. Elle fut décapitée à l’âge de cinquante-huit ans.

Madeleine Han avait été mariée au noble bachelier Kouen Tsin-i, l’un des savants les plus renommés du royaume. Celui-ci, ayant entendu parler de la religion chrétienne, l’embrassa, la fit connaître à sa femme, puis, étant tombé gravement malade, lui recommanda de bien la pratiquer, et mourut baptisé à ses derniers moments. Madeleine, devenue veuve, se retira dans la maison d’un chrétien. Elle était absolument sans ressources et eut à endurer toutes les privations d’une extrême pauvreté. Sa fille, Agathe Kouen, avait été mariée à l’âge de douze ou treize ans ; mais quoique toutes les cérémonies eussent été faites, son mari, étant trop pauvre, n’avait pas encore pu l’emmener avec lui dans sa maison, et elle demeurait en attendant chez Paul Tieng, parent de son mari. Douée de toutes les qualités du corps et de l’esprit, Agathe sentit naître en son âme le désir de garder la virginité. Quand le P. Pacifique arriva, elle parvint à obtenir qu’il cassât son mariage, et resta ensuite dans la maison du prêtre pour se consacrer au service de la mission. Nous n’avons pas ici à examiner si cette décision du prêtre chinois, annulant le mariage d’Agathe, était, ou non, une violation positive des lois canoniques sur la matière. Un fait malheureusement certain, c’est qu’il abusa de cette enfant, et qu’elle devint sa principale complice dans les scandales qui désolèrent alors l’Église de Corée. Nous avons vu comment M. Maubant y mit fin, en expulsant le prêtre sacrilège. Après le départ de son séducteur, Agathe, touchée des paternelles exhortations du missionnaire, rentra en elle-même, retourna près de sa mère, et dès lors, constamment appliquée à ses devoirs, s’efforça de réparer le scandale que sa conduite avait occasionné, s’excitant sans cesse à la contrition, et répétant qu’elle voulait être martyre pour expier ses fautes. Agathe Kouen vivait ainsi depuis quelque temps avec sa mère, quand Agathe Ni vint se réunir à elles. Agathe Ni, née de parents chrétiens de la province, avait été mariée à un eunuque, mais son mariage fut annulé par Mgr Imbert. Ne trouvant pas d’appui chez ses parents trop pauvres pour l’entretenir, elle venait chercher près de Madeleine et de sa fille un refuge et du pain.