Ouvrir le menu principal

Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/217

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


prière, et leur soutien par son assiduité à instruire les ignorants et à l’échauffer le zèle des tièdes. Jamais il ne fit rien qui pût déplaire à ses parents, jamais il ne voulut être à charge à qui que ce fut. Il avait dans le cœur un vif désir du martyre, et répétait souvent, que, par toute autre voie, il lui serait difficile de bien répondre aux bienfaits de Dieu et d’assurer son salut. En 1839, au fort de la persécution, son frère aîné Philippe l’engageait à fuir ; il répondit : « Nos pasteurs et tous les chrétiens un peu influents sont tombés entre les mains des persécuteurs ; à quoi bon maintenant rester en ce monde ? mieux vaut être, nous aussi, martyrs pour Dieu. » Sur ces entrefaites, il fut dénoncé par quelques chrétiens que l’on torturait au tribunal de Tsien-tsiou, et on envoya à sa recherche des satellites qui le rencontrèrent en chemin et le saisirent immédiatement. Les païens de son village qui lui étaient fort attachés, le plaignaient et se chargeaient de le faire relâcher, pourvu qu’il voulût prononcer un seul mot d’apostasie. Jacques répondit : « L’amitié qui vous fait parler ainsi m’est bien sensible ; mais je sers le grand Dieu du ciel, et mourir pour lui a été le désir de toute ma vie ; comment pourrais-je le renier maintenant ? » À Tsien-tsiou, il défendit éloquemment la religion devant le juge criminel, et eut beaucoup à souffrir. Plus tard, au tribunal suprême, le gouverneur lui fit mille questions insidieuses ; Jacques n’ouvrit pas la bouche pour répondre, ce qui irrita tellement ce magistrat qu’il le fit torturer avec une violence inouïe. À la fin, il donna l’ordre de le suspendre en l’air, et de le frapper, sans compter les coups, jusqu’à ce qu’il fît quelque déclaration. Mais n’ayant rien pu obtenir, il le remit entre les mains du juge criminel, avec injonction de le torturer tous les dix jours. Ce supplice dura deux mois. Le courage de Jacques, son influence parmi les chrétiens, devaient le faire condamner à mort ; mais pour cela il aurait fallu remplir diverses formalités, et envoyer les pièces du procès à la capitale, afin que le roi ratifiât la sentence. Le juge trouva plus simple de le faire étrangler dans la prison, vers la fin de la dixième lune. Il n’avait que vingt-trois ans. Son nom est resté célèbre parmi les chrétiens de cette province, qui parlent encore de lui avec vénération.


Cependant l’opinion publique commençait à se préoccuper de ces exécutions multipliées. Si violent que fût le fanatisme des persécuteurs, si aveugle que fût la haine d une foule ignorante et ameutée, la conscience conserve toujours ses droits, et l’on commençait à plaindre les innocentes victimes de ces boucheries. Le