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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/196

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pas de relations avec les autres chrétiens, mais tous admiraient sa vertu et on disait d’elle : « Juliette est une femme qui, dût-elle en mourir, ne fera jamais rien de mal. » Prise dans sa maison où elle attendait les ordres de la Providence, elle fut violemment torturée au tribunal des voleurs, puis au tribunal des crimes, mais son courage ne fléchit pas un instant. Elle répondait à ses juges : « Devrais-je expirer sous les coups, je ne puis renier mon Dieu. Si je dénonçais quelqu’un, vous le mettriez à mort ; si je vous remettais quelque livre, vous le brûleriez ; c’est pourquoi je ne veux pas ouvrir la bouche. J’en serai quitte pour mourir. » Elle obtint la couronne après deux mois de prison, à l’âge de cinquante-six ans[1].

La sixième fut Agathe Tsien dont nous avons admiré le courage et la constance lors de son arrestation avec Lucie Pak. Outre les horribles supplices que nous avons rapportés plus haut, Agathe eut à supporter une autre persécution. Son frère était païen, et avait une petite place qui lui donnait un certain rang dans le pays. Ne pouvant déterminer sa sœur à l’apostasie, craignant d’ailleurs de perdre sa place, et d être lui-même déshonoré, il voulait qu’elle mourût dans la prison. Il fit donc préparer des mets empoisonnés et les envoya à Agathe qui, sans se douter de rien, les mangea. Mais Dieu veillait sur son humble servante ; elle vomit le poison, et eut la vie sauve. N’ayant pas réussi de ce côté, son frère alla trouver les geôliers, et leur donna de l’argent pour obtenir à tout prix qu’on la fît mourir sous les coups. Les geôliers se firent volontiers les instruments de sa haine fratricide ; à plusieurs reprises, ils flagellèrent Agathe avec le bâton triangulaire, mais elle n’en mourut pas. « C’est ma faute, disait-elle, toute ma vie je n’ai fait que pécher et je n’ai acquis aucun mérite ; je ne suis pas même digne de mourir ici, ce serait déjà un trop grand bienfait pour moi ; mais Dieu est miséricordieux, et tout arrive selon l’ordre de sa providence, et malgré tout j’ose toujours espérer le martyre. » Dieu entendit sa fervente prière ; après six mois de prison, elle fut jointe à la glorieuse troupe des confesseurs, et eut la tête tranchée à l’âge de cinquante-trois ans.

La septième fut Madeleine Pak, veuve. Ayant embrassé la religion après son veuvage, elle se retira chez un oncle maternel, où elle se fit remarquer par une égalité d’âme à toute épreuve dans les misères de la vie, et par une admirable humilité. Prenant

  1. Quelques documents mettent le martyre de Juliette Kim, deux mois plus tôt, au 19 juillet.