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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/160

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geler de froid et souffrir de la faim, que de m’exposer à pécher encore de la même manière. D’ailleurs, en supportant bien les souffrances passagères de ce monde, je pourrai, après la mort, jouir dans le ciel d’un bonheur éternel. » Il reçut les sacrements de baptême et de confirmation en avril 1838. Dès le commencement de la persécution, il apprit avec bonheur la constance que tant de chrétiens montraient dans les tourments, et, enflammé d’un saint désir du martyre, il résolut de se livrer lui-même ; son parrain l’en dissuada. Quelques jours après, il fut dénoncé et arrêté. Comme il était à peine remis d’une maladie grave, on voulait le faire porter en chaise, il s’y refusa et suivit les satellites à pied. Alors ses voisins et amis païens vinrent sur la route lui faire leurs condoléances, et l’engager à se délivrer par l’apostasie. Les satellites le pressaient aussi ; mais Joseph, quoique souffrant, se mit à leur annoncer les vérités de la religion et à montrer qu’il ne faut pas, par amour de cette courte vie, compromettre la seule affaire importante de l’éternité. Une demi-journée se passa ainsi. À la fin, voyant sa fermeté, on le conduisit à la prison des voleurs. Le matin au point du jour, Joseph, étonné qu’on ne le fît pas appeler, cria à plusieurs reprises d’une voix forte : « Après avoir pris un homme digne de mort, le laisse-t-on de côté sans lui faire subir aucun supplice ? » Un mandarin qui l’entendit demanda ce que voulait cet homme. Les valets répondirent que c’était un malade dans le délire de la fièvre, et ordre fut donné de le renfermer, malgré ses réclamations. Peu de temps après, cité au tribunal du grand juge criminel, il y expliqua la doctrine chrétienne et supporta courageusement les supplices. Toutes les ruses et toutes les violences des bourreaux furent inutiles, et le 14 de la quatrième lune, 26 mai, ayant été battu de vingt-cinq coups de la planche à voleurs, il expira en prison à l’âge de cinquante-quatre ans. Avec lui, et de la même manière, mourut un autre chrétien, riche fabricant de soieries, dont le corps fut brisé par d’horribles tortures[1].

« Le lendemain 27, dans la même prison, une jeune vierge consommait aussi son sacrifice. C’était Barbe Ni, nièce de Madeleine Ni de Pong-t’sien. Arrêtée dès la deuxième lune, elle avait montré dans les supplices un courage au-dessus de son âge et de son sexe. Lorsqu’elle fut transférée au tribunal des crimes, le

  1. « J’ai inutilement cherché le nom de cet autre chrétien dont parle Mgr Imbert. Personne n’a pu me donner de renseignements. » — Note de Mgr Daveluy.