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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/109

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duire sa brebis affamée au gras pâturage de la divine Eucharistie. Moi j’irai baptiser les enfants infidèles ; ces innocentes victimes, j’irai me sacrifier pour eux, puisque le bon Pasteur s’est sacrifié pour nous. Quand je ne ferais que baptiser, je ferais plus de bien que si je restais en France. » Ces paroles ne parurent alors à son ami qu’un élan d’enthousiasme irréfléchi ; mais il ne tarda pas à se convaincre qu’elles étaient l’expression d’une volonté énergique et parfaitement déterminée.

« À la fin de 1822, le jeune Chastan revint à Digne pour y suivre le cours de philosophie qu’on faisait au collège. Il y édifia chaque jour ses condisciples par son angélique piété ; il se fit aimer d’eux par son heureux caractère naturellement enjoué ; mais il ne leur fit rien connaître du projet qu’il continuait de nourrir au fond de son cœur pour les missions les plus périlleuses. Il entra au séminaire l’année suivante. Là, ne pouvant contenir les désirs brûlants qui dévoraient son âme, il en parlait sans cesse à ses amis, et les exhortait à le suivre avec une ardeur de foi vraiment surnaturelle. On le voyait alors tout hors de lui, ne pouvant exprimer que par des soupirs et des exclamations enflammées les sentiments héroïques de son zèle. Dans l’oraison il paraissait tantôt tout absorbé en Dieu, tantôt tout rayonnant de bonheur, et comme illuminé par les clartés intérieures dont le Seigneur favorisait son âme. Dans ces moments il s’écriait avec des transports d’amour : « Oh ! que Dieu est grand !… Mais aussi qu’il est humble !… Qu’il est beau le fils de l’homme !… Combien il est aimable ! ô mon Dieu, quand pourrai-je aller vous annoncer aux peuples qui ne vous connaissent pas ? » Puis il parlait de la Corée comme du lieu où il était assuré que Dieu l’appelait. C’est dans cette mission qu’il voulait, disait-il, aller affronter les prisons et le glaive, et il le disait avec la conviction que donne la certitude de remplir un devoir.

« À la fin de son séminaire, il fit un pèlerinage à Notre-Dame du Laus, sanctuaire vénéré qui se trouve dans le diocèse de Gap. Arrivé en vue de la chapelle, il se prosterna la face contre terre et passa quelques moments dans cette posture pour honorer, dit-il à ses compagnons de voyage, la terre qui a été sanctifiée par la présence miraculeuse de Marie et par les grâces innombrables répandues, par son intercession, sur les pèlerins qui accourent de toute la contrée des Alpes à cette délicieuse solitude.

« À mesure qu’il approchait du sacerdoce, son zèle pour les missions semblait s’accroître par les obstacles mêmes qu’on lui opposait pour éprouver sa vocation. Lui parlait-on des souffran-