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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/107

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CHAPITRE V.

Entrée de M. Chastan. — État de la Chrétienté


Dieu, dans son amour, mesure à ses serviteurs les peines et les joies ; il envoya bientôt à M. Maubant une consolation qui lui fit oublier sa tristesse. Les mêmes courriers qui, à la fin de 1836, reconduisirent à la frontière le prêtre prévaricateur, emmenèrent trois jeunes Coréens en qui le missionnaire avait cru discerner de bonnes dispositions pour l’état ecclésiastique, et qu’il envoyait à ses confrères de Macao pour qu’on leur fît faire leurs études, soit à Macao même, soit au collège de Poulo-Pinang. Ces courriers rencontrèrent à Pien-men, et ramenèrent à la capitale un autre missionnaire qui, depuis longtemps en route pour la Corée, les attendait avec anxiété. C’était M. Chastan, dont il a déjà été plusieurs fois question dans ce récit. Donnons ici, sur les premières années de ce nouveau soldat de Jésus-Christ, d’édifiants détails transmis par un saint prélat, Mgr Jordany, évêque de Fréjus, qui l’a tout particulièrement connu.

« Jacques-Honoré Chastan naquit le 7 octobre 1803, à Marcoux, petit village des environs de Digne. Son père se nommait André-Sébastien Chastan et sa mère Marie-Anne Rougon. C’était une honnête famille d’agriculteurs qui vivait du produit d’un petit domaine qu’elle cultivait. Le jeune Chastan avait commencé par garder le troupeau de son père ; mais ayant manifesté de bonne heure le désir de s’instruire, il fut envoyé à l’école, vers l’âge de dix ans. Quatre ans après, il alla dans un village voisin recevoir les premiers éléments de la langue latine. La piété qu’il avait puisée dans le sein de sa famille, distinguée, dans la contrée, par ses mœurs patriarcales, se montra dès lors par son assiduité a tous les exercices de la paroisse, son éloignement des compagnies dangereuses, sa réserve dans le maintien et les paroles, la délicatesse de sa conscience quand il était exposé à commettre quelque faute. Un jeune séminariste le trouva un jour lisant un roman (à peine avait-il alors douze ou treize ans) ; il lui fit observer que c’était un mauvais livre aussi nuisible à l’esprit qu’au cœur, aussitôt le pieux enfant jeta le roman au feu, quoiqu’il ne lui appartînt pas.

« À quinze ans, il fut placé à Digne pour y suivre les classes du collège. Là il ne se fit remarquer que par son extrême timidité, sa douceur, sa constante application à l’étude et la vie régulière d’un écolier vertueux. Ses talents étaient très--