Page:Désorgues - Voltaire, ou le Pouvoir de la philosophie, 1798.djvu/12

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
11

Hélas ! des sages même égarant la raison,
Dans la ville des arts il glissa son poison,
Là, s’enflant du venin de trois sectes parjures,
Il se combat lui-même et vit de ses blessures ;
Surplis contre surplis, missel contre missel,
Contre l’autel lui-même il soulève l’autel :
Mais bientôt, suspendant sa course meurtrière,
Oppresseur de la France, il s’arrête à Celliere ;
Il craint d’y réveiller ce grand accusateur
Qui, de tous les excès sage persécuteur,
Avec lui soixante ans balança la victoire,
Et le punit assez en traçant son histoire.
Honorons donc Voltaire ; ah ! ces restes sacrés
Quand Paris les néglige ici sont révérés :
De l’erreur en tout temps il a su me défendre ;
Aux dons des souverains je préfère sa cendre.
Des enfants d’Albion accourus sur ces bords
Pour ce dépôt en vain m’ont ouvert leurs trésors ;
Parmi nos orateurs, nos poètes, nos sages,
Qu’il vienne, disaient-ils, recevoir nos hommages.
Gardez votre or, leur dis-je, Anglais, nobles rivaux ;
Contemplez ce génie et comptez ses travaux ;
Que de talents fameux dorment sous cette pierre !
Westminster dans sa gloire est jaloux de Celliere.
Je dis ; et la Tamise apprit par ce refus
Que dans le sein d’un cloître il est quelques vertus.
Jaloux de posséder cette cendre chérie,
Je ne la céderai qu’au vœu de ma patrie.
Un jour dans ce couvent on viendra la chercher ;
À ce noble convoi je brûle de marcher :