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neux et qui ont mérité ainsi de figurer aux meilleures places comme des échos fraternels, comme des gouttes de lumière appareillées.

Soumis à une discipline plus stricte, le « poème en vers » s’est épuré encore. Je vois très bien ce qu’il y a gagné. Je ne vois guère ce qu’il y a perdu. Le vers est ici la limite idéale de la prose.

Cependant la forme choisie par Baudelaire est une forme tout à fait régulière, l’une des plus régulières qui soient : stances de quatre vers à rimes entrecroisées. Quand il faudra nous verrons s’éveiller des rythmes plus subtils.

L’Invitation au Voyage, des Poèmes en prose, est déjà un poème complet. Poème plus abondant et plus riche peut être que son émule des Fleurs du mal. Pourtant, à travers cette admirable prose, on sent s’éveiller déjà les sonorités du vers et quand il monte, quand il s’épanouit enfin, c’est comme le bouquet lumineux, la fusée lyrique qui achève le transport de l’esprit et le plaisir du cœur :

Sur des panneaux luisants et sur des cuirs dorés et d’une richesse sombre vivent discrètement des peintures béates, calmes et profondes… Les meubles sont vastes, les miroirs, les métaux, les étoffes… Un parfum singulier, un revenez-y de Sumatra qui est comme l’âme de l’appartement…