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en refrain ce vers, leitmotiv futur du Voyage des Fleurs du Mal :

Je veux voir des sites nouveaux.

Et surtout ce Lamento, charmant avant-coureur du Madrigal triste, du Jet d’eau, du Fantôme :

Un air maladivement tendre,
À la fois charmant et fatal
Qui vous fait mal
Et qu’on voudrait toujours entendre.
Un air comme en soupire aux cieux
L’ange amoureux.
Les belles-de-nuit demi closes
Jettent leur parfum faible et doux
Autour de vous,
Et le fantôme aux molles poses
Murmure en vous tendant les bras :
Tu reviendras.

Telles sont à peu près les pièces que l’on pourrait choisir comme témoins de l’influence de Gautier sur Baudelaire. Mais qu’on se garde d’oublier, même un instant, l’espèce de multiplication sensible, de transposition mélodique que Baudelaire a données à tous les thèmes qu’il abordait et en particulier aux quelques thèmes qu’il semblait hériter de Gautier.

Quand on rapproche les vers des deux poètes, on s’aperçoit que ceux du second débordent à chaque instant ceux du premier, comme ces feuilles d’acanthe dont les volutes repliées sur