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tière » et se vengeant d’elle à sa façon, c’est-à-dire en peignant, avec une rancune jalouse, ses stupres et ses gangrènes, ses hideurs et ses décompositions, sans oublier pourtant de nous montrer, à la fin, le fantôme ailé qui s’échappe du réseau dissous des apparences :

Alors, ô ma Beauté, dites à la vermine
               Qui vous mangera de baisers
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
               De mes amours décomposés !


Cette finale de La charogne est du plus pur idéalisme platonicien.

Mais entre le culte du spiritualisme et l’adhésion à une confession définie la route est longue encore, et je ne sais si Baudelaire a franchi l’étape. Malgré ses sympathies pour la religion catholique (dans laquelle il est né et dans laquelle il est mort), il avait un sens si aigu de la réalité qu’il en fut repoussé peut-être par certains compromis pharisaïques auxquels la religion, pour lui, n’avait pas toujours échappé. Religieux certes, il le fut, mais à la façon des grands indépendants qui placent plus haut que les églises leur propre idéal.

Et enfin Baudelaire est avant tout un artiste, un merveilleux artiste, auquel aucune des branches de l’art ne semble avoir été fermée : littérature, peinture et musique ! Or l’artiste est souvent plus éloigné qu’un autre homme peut-