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Page:Démosthène - Œuvres complètes, Auger, 1820, tome 6.djvu/53

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le souhaite moi-même. Mais considérez d’abord que vous allez prononcer sur une loi à laquelle il faudra se conformer, si elle est reçue ; ensuite, que des lois mauvaises nuisent aux états même qui paraissent le mieux constitués. Arriverait-il tant de révolutions en bien ou en mal, si, d’un côté, les états qui périclitent, n’étaient rétablis par de justes procédés, par de grands hommes, par de bonnes lois et de sages réglemens ; et si, de l’autre, ceux qui paraissent jouir du bonheur le plus solide, ne se ruinaient peu à peu, en négligeant ces principes de leur félicité ? C’est par de sages conseils, c’est par une vigilance attentive, qu’on parvient à une fortune brillante ; mais on n’emploie pas les mêmes voies pour s’y maintenir. Prenons garde de tomber dans ce défaut, et craignons d’adopter une loi qui, dans la prospérité, couvrira notre ville de honte, et qui, dans l’adversité, la laissera dépourvue de défenseurs.

Mais éviterons-nous de faire injustice seulement à ceux qui nous ont obligés en leur nom, et nous ont secourus de leurs deniers dans toutes les conjonctures essentielles que Phormion a détaillées avant moi, et que je viens de parcourir ? Ne nous ferons-nous aucun scrupule d’être injustes envers beaucoup d’autres qui, dans la guerre contre Lacédémone, nous ont procuré l’alliance de villes entières, leurs patries, qui ont servi notre république par leurs discours et par leurs actions, et dont