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deux bêtes furent aux prises, l’anneau fatal se referma complètement autour des combattants.

Ce genre de tournoi en champ clos n’était pas nouveau pour Kazan. C’était le mode de combat ordinaire des chiens de traîneaux, lorsqu’ils vidaient leurs querelles. Si l’homme n’intervenait pas avec un fouet ou un gourdin, la bataille se terminait infailliblement par la mort d’un des deux champions. Parfois ils y laissaient la vie l’un et l’autre.

Il n’y avait pas à compter ici sur l’intervention de l’homme. Rien que le cordon des diables aux crocs aigus, qui attendaient avec impatience le résultat du combat, prêts à sauter sur le premier des deux adversaires qui culbuterait sur le dos ou sur le flanc, et à le mettre en pièces. Kazan était un étranger parmi la horde. Il n’avait rien à craindre cependant d’une attaque partant des rangs des spectateurs. La loi du combat était, pour chaque adversaire, une justice égale.

Kazan n’avait donc à s’occuper que du grand chef gris qui l’avait provoqué. Épaule contre épaule, ils tournaient en cercle, guettant l’un et l’autre le moment d’une prise de corps propice. Là où, quelques instants auparavant, claquaient des mâchoires et craquaient les os et la chair, le silence s’était fait. Des chiens dégénérés de la Terre du Sud, aux pattes faibles et à la gorge tendre, auraient en pareille occurrence grogné leurs menaces, en se montrant les dents. Kazan et le grand loup, au contraire, demeuraient calmes, en apparence tout au moins. Leurs oreilles, pointées en avant, ne se repliaient pas peureusement, ni le panache de leurs queues touffues, qui flottait au vent, ne se rabattait entre leurs pattes. Tout à coup, le loup esquissa sa première attaque que Kazan évita de bien peu. Les mâchoires du loup se refermèrent l’une contre l’autre, avec un bruit