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Voyant l’étang à nouveau rempli, Kazan et Louve Grise entreprirent, eux aussi, de remonter le torrent, à la recherche de nouveaux castors à tuer, si par hasard il s’en était égaré par là.

La loutre était, avons-nous dit, grosse et grise, et vieille. Pendant dix ans elle avait vécu, pour prouver à l’homme qu’elle était plus madrée que lui. En vain, maint chasseur avait-il disposé ses pièges pour la capturer. Dans le courant des ruisseaux et des torrents, des couloirs perfides avaient été, par d’astucieux trappeurs, savamment établis à l’aide de bûches et de grosses pierres, au bout desquels la guettaient les mâchoires d’acier. Toujours elle avait éventé ces traquenards.

Peu de ceux qui la chassaient l’avaient vue. Mais la piste qu’elle laissait dans la vase ou le gravier disait sa grande taille. Si elle n’avait su la défendre ainsi, sa splendide et moelleuse fourrure hivernale eût pris, depuis longtemps, la route des plus luxueux magasins de l’Europe. Car cette fourrure était vraiment digne d’un duc ou d’une duchesse, d’un roi ou d’un empereur. Dix années durant, elle avait su vivre et échapper aux convoitises des riches.

Mais, par ce beau soir d’été, elle était sans défiance. Il ne se fût pas trouvé un seul chasseur pour la tuer, car en cette saison sa peau était de nulle valeur. Cela, l’instinct et la Nature le lui disaient. C’est pourquoi, engourdie à la fois par le bon soleil et par la fatigue, l’estomac bien garni d’un lot de poissons qu’elle était en train de digérer, elle dormait voluptueusement, en pleine sérénité, aplatie sur sa souche, à proximité du torrent.

À pas de velours, Kazan arriva, suivi de Louve Grise, Le vent, qu’ils avaient pour eux, ne les trahissait pas et il leur apporta bientôt l’odeur de la loutre.

Ils trouvèrent que c’était celle d’un animal aquati-