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encore le sang et la viande ne lui avaient paru si délicieux.

Un à un, tous les mystères de la vie se révélaient à lui. Il apprit à ne pas s’effrayer du hideux hululement d’amour du hibou gris, du craquement d’un arbre qui choit, du roulement du tonnerre, du tumulte de l’eau courante, du cri perçant du chat-pêcheur, du beuglement de l’élan femelle en rut, ni de l’appel lointain de ses frères loups, hurlant dans la nuit.

Il prit conscience de son odorat qui, de tous ces mystères, était le plus merveilleux. Comme il errait un jour à une cinquantaine de yards du logis familial, son nez rencontra sur le sol l’odeur tiède d’un lapin. Immédiatement, sans raisonner sa sensation et sans autre processus de sa pensée, il sut que, pour arriver à la chair vivante qu’il aimait, il lui suffisait de suivre cette odeur. Ainsi fit-il, en frétillant de contentement tout le long de la piste qu’il avait découverte. Il arriva à un gros tronc d’arbre, renversé sur le sol, par-dessus lequel le lapin avait bondi. La piste était coupée et Bari, tout désorienté, rebroussa chemin.

Chaque jour, il partait tout seul vers de nouvelles aventures et, pareil à un explorateur débarqué sans boussole sur une terre ignorée, il se lançait au hasard, dans l’inconnu. Et, chaque jour, il rencontrait du nouveau, toujours merveilleux, souvent effrayant. Mais ses terreurs, maintenant, allaient en diminuant, et croissait sa confiance, puisqu’au demeurant aucun mal bien grave ne lui advenait.

Parallèlement à son cerveau, son corps physique se formait. Il n’était plus une petite masse rondelette et empotée. Ses formes s’assouplissaient, ses mouvements se faisaient plus vifs. Sa robe jaunâtre brunissait et une bande gris clair se dessinait tout le long de son échine, comme il en existait une chez Kazan. Sa tête, allongée et fine, rappelait celle de sa mère. Mais,