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Le gros husky fit mine de s’éloigner de quelques pas et de céder la place à Kazan. Celui-ci s’attaqua à la chair gelée. Il n’avait pas faim. Mais il prétendait montrer ainsi son droit à cette chair, son droit qui primait tout autre.

Tandis qu’il était à mordre dans le cou de l’élan et paraissait en oublier Louve Grise, le husky, se glissant en arrière, muet comme une ombre, s’en fut vers la louve et recommença à lui renifler tout le corps. Puis, incapable de se taire plus longtemps dans l’ardeur de son rut, il émit à l’adresse de Louve Grisa un gémissement doux, qui lui disait sa passion, l’exigence de la nature et du Wild, et qui l’invitait à s’y soumettre. Louve Grise répondit en enfonçant profondément ses crocs dans l’épaule du galant.

Une traînée grise, silencieuse et terrible, passa dans le demi-jour de l’aurore. C’était Kazan qui bondissait. Sans un grognement, sans un cri, il fut sur le husky et, l’instant d’après, tous deux étaient aux prises, en un duel sans merci. Les quatre autres chiens accoururent et se tinrent immobiles à une douzaine de pas des deux champions, dans l’attente du résultat de la bataille. Louve Grise demeurait couchée sur le sol.

Ce fut un bref et forcené combat. Une rage et une haine égales animaient le husky géant et le chien-loup. Chacun d’eux, alternativement, avait sa prise sur l’autre. C’était tantôt l’un et tantôt l’autre qui était debout ou roulait par terre. Si prestement se déroulaient les phases du combat que les quatre chiens spectateurs n’y pouvaient rien reconnaître. Dès qu’ils voyaient Kazan ou le husky renversé sur le dos, ils frémissaient du désir de se jeter sur lui, comme c’était l’usage, pour le mettre en pièces. Mais ils hésitaient et renonçaient, apeurés, tellement la décision finale apparaissait incertaine.

Jamais le gros husky n’avait été vaincu, en aucune