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sement aux narines de Kazan et de Louve Grise, qui le reniflaient ardemment. Des bruits étranges roulaient dans leur gorge, et ils se pourléchaient les mâchoires.

Les deux combattants étaient là, le front baissé, tête contre tête. Le vieil élan n’avait pas encore gagné sa victoire. Il avait pour lui l’art de la guerre, son poids supérieur, sa force plus mûre, son immense ramure. Le cadet possédait la jeunesse et l’endurance. Ses flancs ne haletaient point comme ceux du vieil élan, dont on voyait souffler les naseaux, qui s’ouvraient comme le creux intérieur de deux grosses sonnettes.

Puis, comme si quelque esprit invisible en avait donné le signal, les deux bêtes se reculèrent sur l’arène, pour prendre du champ, et le combat recommença. Les dix-huit cents livres de chair et d’os du vieil élan foncèrent, en un clin d’œil, sur son jeune adversaire qui, non moins rapidement, se dressa en l’air et, pour la vingtième fois, les cornes se croisèrent. On aurait pu, à un demi-mille de distance, entendre le heurt des bois puissants et les craquements qui s’ensuivirent.

Tandis que les forces du vieux mâle semblaient diminuer, on eût dit que celles du jeune élan croissaient avec la lutte. Comprenant que la bataille touchait à son dénouement, il s’engagea à fond, et redoubla de vigueur et d’efforts.

Kazan et Louve Grise entendirent soudain un bruit sec, quelque chose comme le craquement d’un bâton que l’on brise sur son genou. On était alors en février, époque où les animaux à cornes commencent à se dépouiller de leurs bois, que les vieux mâles perdent les premiers. Cette circonstance décida de la victoire. Une des énormes ramures du vieil élan s’était déboîtée de son crâne et était tombée sur l’arène sanglante. L’instant d’après, quatre pouce, quatre pouces d'une corne