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rouges, suivi durant un mille la piste des deux diables. Puis elle se perdait, comme de coutume, dans des fourrés impénétrables.

Le lendemain et le surlendemain, le zoologiste suivit avec Henri la ligne des frappes, et il put constater à son tour que les empreintes étaient toujours doubles.

Le troisième jour, les deux hommes arrivèrent à un piège où un beau lynx était pris par la patte. On voyait encore l’endroit où le plus petit loup s’était assis dans la neige, sur son derrière, en attendant que son compagnon eût tué le lynx. À l’aspect de ce qui demeurait de l’animal, dont la fourrure était entièrement déchiquetée et n’avait plus aucune valeur, la figure du métis s’empourpra et il dégoisa tout son répertoire de jurons, anglais et français.

Quant à Paul Weyman, sans trop en rien dire à son compagnon, afin de ne point l’irriter davantage, de plus en plus il se persuada que derrière cet acte anormal existait une raison cachée. Pourquoi les deux bêtes s’acharnaient-elles uniquement sur les lynx ? De quelle haine mortelle était-ce là l’indice ?

Paul Weyman se sentait singulièrement ému. Il aimait tous ces êtres sauvages et, pour cette cause, n’emportait jamais de fusil avec lui. Lorsqu’il vit le métis disposer sur la piste des deux maraudeurs des appâts empoisonnés, son cœur se serra. Et lorsque, les jours suivants, les appâts furent retrouvés intacts, il en éprouva une vive joie. Quelque chose sympathisait en lui avec les héroïques outlaws inconnus, qui ne manquaient jamais de livrer bataille aux lynx.

De retour dans la cabane, le zoologiste ne manquait pas de coucher par écrit ses observations de la journée et les déductions qu’il en tirait.