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Page:Crépet - Les Poëtes français, t2, 1861.djvu/619

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MARIGNY



Le gros Marigny fut un homme singulier : par l’adresse qu’il eut de s’attacher à deux personnages puissants, le cardinal de Retz et le prince de Condé, il conquit l’indépendance et l’impunité des bouffons de cour, d’un Triboulet ou d’un l’Angely. Marigny pourtant valait mieux qu’un bouffon. Sa gaieté spirituelle, son humeur légère et bachique, sa verve de causeur et de rimeur, lui donnèrent partout ses grandes entrées, au moment de folie héroï-comique où l’on s’abordait en chantant :

Ètes-vous du parti,
Mon ami,
De Condé, Longueville et Conti ?

C’était le moment des Mazarinades, pamphlets en prose et en vers, qui s’envolaient chaque matin des galeries du Palais et du Pont-Neuf, ainsi que le remarque Naudé dans son Mascurat, comme des essaims de mouches et de frelons qu’auraient engendrés les plus grandes chaleurs, « quam sit muscarum et crabronum, quum calet maxime. » Les écrivains de la Samaritaine, les secrétaires de Saint-Innocent, tous ces pauvres diables qui mettaient leur plume au service des libraires, gagnaient à peine quelques sols tapés à ce vil métier de libelliste. Encore même ne les payait-on fort souvent qu’au retour des colporteurs et crieurs, lorsque ceux-ci avaient complètement vidé le panier d’osier où ils entassaient leurs feuilles volantes. Warigny n’eut affaire

1 Les dates de sa naissance et de sa mort sont incertaines. En l’absence de tout document positif, il nous a paru naturel de placer auprès de Blot, son émule et son contemporain, le seul poëte de la Fronde qui, par son talent, ait également mérité d’échapper à l’oubli. (Note de l’édit.)