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Page:Crépet - Les Poëtes français, t2, 1861.djvu/530

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SAINT-PAVIN


1600 — 1670



Voici un épicurien, un libertin, un goutteux très-précieux, un gasseiidisfe piquant et galant ; mais le plus hardi de tous, le plus net, le plus vif et le plus sincère ! Denis Sanguin de Saint-Pavin fut longtemps regardé comme le premier disciple de Desbarreaux, et même de Théophile. On a même raconté une anecdote fort dramatique d’après laquelle sa conversion aurait été opérée par une espèce de miracle. La nuit où mourut Théophile, Saint-Pavin, couché dans son lit, fut réveillé, dit-on, par un cri épouvantable, le cri suprême et désespéré d’un moribond. Ce moribond, c’était Théophile lui-même dont l’âme déjà poursuivie par le feu éternel venait donner un avertissement salutaire à son disciple endurci. Saint-Pavin effrayé abandonna l’athéisme et se réfugia tout tremblant dans les bras de la pénitence. L’anecdote est bien contée. Il est vraiment fâcheux qu’elle soit démentie par le simple rapprochement de deux dates : celle de la mort de Théophile et celle de la conversion de Saint-Pavin. Entre l’une et l’autre, Saint-Pavin aurait eu le temps de se damner cent fois. Quand le libre poëte, fatigué de ses erreurs, se remit de lui-même entre les mains de M. Claude Joli, curé de Saint-Nicolas des Champs, quand il résolut d’expier sa vie mondaine par des legs pieux, il eut certainement tout le mérite de son tardif repentir. Ne lui disputons pas l’honneur d’avoir fini décemment une vie assez peu chrétienne qui avait inspiré à Boileau ce cruel défi :

« On pourra voir la Seine à la Saint-Jean glacée,
Arnauld à Charenton devenir huguenot,
Saint-Sorlin janséniste, et Saint-Pavin bigot. »