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Page:Crépet - Les Poëtes français, t2, 1861.djvu/185

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   Diane, avec ses chastes sœurs.
Au bois sentoit mille douceurs,
Et des satyres pourchasseurs
Ne voulut onc estre servie :
Je veux ainsi passer ma vie.

   Les Filles de Mémoire aussi
En un troupeau vivoient ainsi,
Et jamais d’un tyran souci
Leur liberté ne fut ravie ;
Je veux ainsi passer ma vie.

   Les vierges qui d’un chaste vœu
Nourrissoient un éternel feu,
Ne se lioient d’un triste nœu
Qui rend la franchise asservie :
Je veux ainsi passer ma vie.

   Les nonnains[1] en communauté,
Gardent longuement leur beauté,
Et, d’une douce privauté,
L’une de l’autre est asservie[2] :
Je veux passer ainsi ma vie.

   Pour néant[3], le dieu Cupidon
M’eschaufferoit de son brandon
Quand un Narcis ou un Adon[4]
Mille fois m’auroient poursuivie :
Je veux passer ainsi ma vie.

   Ô heureuses celles qui ont
La chasteté dessus le front !
Leurs beautez immortelles sont,
Et leur printemps ne s’abbrevie[5] :
Je veux ainsi passer ma vie.


1 Les nonnes. — 2 C’est-à-dire : elles sont attachées l’une à l’autre. — 3 En vain. - 4 Narcisse, Adonis. — 5 Ne s’abrège pas, ne finit pas avant le temps.