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Page:Crépet - Les Poëtes français, t2, 1861.djvu/155

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ÉTIENNE JODELLE


1532 — 1573



La réputation de Jodelle eut une heure de retentissement si éclatante que personne alors ne lui contesta sa place aux premiers rangs de la fameuse pléiade poétique où, dès qu’elle se forma, il fut compté. Les savants et les poètes acclamèrent ensemble cette féconde verve, cette fougueuse inspiration, cette prodigieuse facilité d’exécution, dont personne ne semblait doué à ce point, et dont les effets, d’abord, furent une sorte de surprise et d’éblouissement. Ronsard, déjà en pleine célébrité, s’empressa généreusement de lui donner un de ces brevets de génie qu’il était en possession d’octroyer comme roi de la nouvelle école. Avec un entraînement d’admiration qui dut vite se communiquer, et sans plus de ménagement dans l’éloge, il le compara d’emblée aux Sophocle, aux Ménandre :


Et lors Jodelle heureusement sonna,
D’une voix humble et d’une voix hardie,
La comédie avec la tragédie.


Baïf écrivait en son honneur un poëme dithyrambique, où il célébrait surtout l’étonnante ardeur de ce tempérament de poëte :


Quand Jodelle bouillant, en la fleur de son âge,
Donnait un grand espoir de son noble courage…


Du Bellay ne se contentait pas, pour louer l’auteur de Cléopâtre captive, de cette forme du sonnet, qui lui était si facile et si familière, ni de sa chère langue française, qu’il venait, si passionnément, de préconiser, il revenait pour lui aux doctes habitudes de l’école de Dorat, et, rivalisant à cette occasion avec Dorât lui-même, avec Scévole de