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Il revient sur ses pas, lentement, va à sa charge, en tire une allumette et allume le bout de chandelle resté collé à sa patience. Lumière. Il gagne le fond de la scène, prend la cruche au rebord de la fenêtre, la pose violemment sur la plaque du poêle, dont il éprouve de la main le degré de calorique. Le poêle est chaud. Lidoire se brûle. Claquements de ses doigts secoués dans le vide ; coup d’œil furieux, jeté de biais sur La Biscotte. Il se met à quatre pattes, souffle des ouragans dans la bouche d’air du poêle, se relève, retourne à sa charge, en tire son dolman et l’endosse. Ses dents claquent. Il vient à la table ; il y prend un quart, l’examine, crache dedans pour le rincer et l’essuie soigneusement ensuite avec son drap. — Mimique d’une rage froide qui se contient. A la fin, dans le quart, il verse l’eau de la cruche, et, toujours sans un mot, le porte à La Biscotte.

La Biscotte, qui boit, s’interrompt. — T’as pas besoin de faire une tête comme ça.

Lidoire. — Boué donc !

La Biscotte, qui, deux fois encore, s’interrompt de boire pour parler. — C’ t’y d’ ma faute à moi, si s’ suis saoul ?… (Il boit.) D’abord, s’ te dirai une bonne chose : y a pas d’honte à êt’ saoul…; t’ sauras ça, mon vieux.

Lidoire, sévère, mais juste. — Bien sûr non, qu’il n’y a point d’honte. C’est des choses qu’arrivent à tout le monde. L’ déshonneur, c’est d’embêter les personnes comme tu l’ fais ; d’fair’ prend’ la semaine à un copain comme v’là moi, ed’ l’obliger à se balader (Il montre ses pieds nus) en bottes molles, à minuit, par un froid de pus de vingt degrés au thermomètre du maréchal des logis-chef, q’les hommes de garde en prennent la faction en sabots ! (La Biscotte veut placer un mot.) C’est bon ! A c’t' heure, t’as bu, pas vrai ? Eh ben, rompez !

D’un mouvement exaspéré il a rejeté la couverture sur la figure de La Biscotte, lequel disparaît complètement. Lui-même regagne son lit. Il souffle la chandelle et enlève son dolman.

Immédiatement, chez La Biscotte, la tempête des