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Page:Coubertin Remède au surmenage 1888.djvu/8

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Vous devinez donc ce que je pense du projet qui consiste à militariser l’éducation et à fournir par les exercices militaires un contrepoids à la fatigue des études. — Vous ferez peut-être ainsi des muscles plus solides, mais vous êtes assurés également de faire des esprits encore moins ouverts et des caractères de plus en plus incolores ; nous avons assez de moutons comme cela dans notre pauvre pays ; qu’on ne nous en donne pas davantage ; on le ferait sûrement en confondant deux disciplines qui se ressemblent guère, la discipline militaire et la discipline scolaire, en rapprochant deux êtres qui ne se ressemblent pas du tout, le soldat et l’enfant.

Donc ne bousculez pas les programmes : vous les modifierez sagement et peu à peu, cela sera bien préférable. Ne transportez pas à prix d’argent les lycées à la campagne, parce que cela ne résoudrait pas le problème : n’introduisez pas le militarisme dans l’éducation parce que cela le rendrait encore plus complexe. — N’employez aucun de ces grands remèdes moins efficaces que les petits ; je vous demande d’être convaincus d’une seule chose : c’est qu’il faut que vos enfants jouent et qu’ils ne jouent pas, parce qu’ils ne savent pas jouer. Apprendre à jouer ! ce mot vous semble peut-être paradoxal : c’est que nous ne nous entendons pas sur le sens du mot jeu. — Un chef d’institution me faisait les honneurs d’une cour aérée et plantée d’une dizaine d’arbres : là environ 30 enfants se livraient à de petits