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Page:Coubertin - Lecons de gymnastique utilitaire, 1916.djvu/48

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quatre ou cinq leçons de boxe ? N’arriverez-vous pas à courir et à sauter pendant une demi-heure, de temps à autre ? Avec la gymnastique matinale, cela suffirait parfaitement à vous maintenir en cet état de demi-entraîné si conforme à l’équilibre fondamental de notre nature. Le demi-entraîné est, en effet, « l’homme qui peut à tout moment substituer à sa journée habituelle une forte journée de travail musculaire sans dommage pour sa santé, sans que, le soir, son appétit ou son sommeil s’en ressentent, sans qu’il éprouve autre chose que de la saine fatigue[1]. » Acceptez cette définition. Voici onze ans que je l’ai donnée. Elle est bonne et pose le critérium qui convient. L’homme désirable pour le bien du pays, c’est le demi-entraîné. Songez à tout ce que cela représente au triple point de vue de la santé individuelle, de la confiance en soi et de la capacité productive ! Ne vaut-il pas de faire effort pour continuer à compter dans les rangs de cette bienfaisante phalange ?

De quelle nature sera l’effort ?… Ce sera un effort de volonté. Il s’agit de lutter avec la paresse et de la vaincre. Mais, lorsque nous entrons en bataille contre la paresse intellectuelle, nous pouvons revenir à la charge de façon incessante, autant de fois que nous en avons le courage. L’ennemi est toujours là, exposé à nos coups répétés. Au contraire, la paresse sportive ne peut être combattue que lorsque l’occasion de l’acte sportif se présente. Cette occasion, il faut que la volonté se tienne prête à bondir sur elle pour la saisir au passage. Or l’attrait devrait y aider en proportion de la rareté et c’est le contraire qui a lieu. Il y a ici un phénomène de psychologie sportive que j’ai commencé d’analyser ailleurs ; dans ces articles, le temps et l’espace me manquent pour faire autre chose que le signaler. Plus il s’est écoulé de temps (dans les limites fixées par la mémoire des muscles, bien entendu) depuis que vous n’avez ramé ou monté à cheval, depuis que vous n’avez fait de la bicyclette ou de l’escrime, plus le désir de ces exercices devrait être ardent en vous. Or si vous Laissez agir simplement la nature, ce désir semble s’atténuer ou plutôt il perd la force de s’exprimer. Sans chercher, pour le moment, à l’expliquer, tenons compte de ce fait qui se traduit généralement par un « à quoi bon ? » significatif. À quoi bon monter à cheval ou ramer ou faire de l’escrime une fois en passant ?

C’est justement cette « fois en passant » qui importe. Non seulement elle est intéressante par le plaisir qu’elle procure mais surtout par l’« entretien » qu’elle assure.

  1. La Gymnastique utilitaire, page 131.