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Page:Coubertin - Lecons de gymnastique utilitaire, 1916.djvu/18

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pour les initier à la reptation. Déjà ils ont appris ainsi cette chose qui paraît si simple et qui, l’enfance écoulée, semble devenir très compliquée : se jeter à terre, s’y jeter rapidement, brusquement, sans hésitation ni crainte. Il y faut de la volonté et de l’habitude. Les exercices d’ensemble, pour peu qu’ils soient un peu virilement commandés, enseignent cet art. Que l’on ne s’arrête donc pas en route. Une fois à terre, au lieu de se borner à d’anodins mouvements dits de « plancher », qu’on fasse de la reptation.

Les parents, eux, vont maudire cette innovation parce que les vêtements de leur progéniture y écoperont rapidement. Mais quoi ! si le garçon, une fois sur le front, rampe jusqu’à la tranchée ennemie pour y cueillir une citation à l’ordre du jour et est assez habile pour revenir de même en garant sa peau de tout dommage, ils ne regretteront pas les déchirures de ses pantalons d’adolescent.



DANS L’EAU

Qu’est-ce au juste que la natation ? C’est, direz-vous, l’art de nager. Merci. Mais la question n’est pas épuisée par cette judicieuse réponse. Avant de nager pour y prendre du plaisir, l’homme a nagé par nécessité afin de se tirer de l’eau ou d’en tirer les siens quand lui ou eux venaient à y tomber contre leur gré. Et ainsi se dessine une distinction essentielle entre, d’une part, la chute et le plongeon forcé qui en résulte et, de l’autre, le fait de progresser dans l’élément liquide en exécutant des mouvements appropriés. Il adviendra à tel nageur qui, commodément dévêtu, paraissait se mouvoir à l’aise au milieu de l’eau, de s’y révéler très maladroit si, d’aventure, il se sent empêtré par le poids de ses chaussures et l’adhérence de ses vêtements mouillés. Tel autre, au contraire, qui ne ferait qu’avec lenteur et difficulté les cent mètres réglementaires saura, pour s’y être exercé, se tirer d’affaire en utilisant de façon opportune un bout de corde ou quelques planches, malgré l’imprévu et le désagrément d’une plongée involontaire.

La conclusion est qu’il faut apprendre à tomber à l’eau et à en sortir aussi bien qu’à y progresser ; et je me permets de penser que l’ordre de ces deux apprentissages n’est pas indifférent et que la chute doit s’enseigner en premier lieu parce que la peur nerveuse (dont il faut toujours se méfier en matière de natation, à cause des effets physiologiques mystérieux mais