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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome III, 1926.djvu/73

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le saint empire romain-germanique

deux langues ; ses limites se trouvaient mal définies ; elle était « à cheval sur les vallées divergentes de la Moselle et de la Meuse ». Ses évêques et ses seigneurs dont l’un en 911 s’était fait duc lui-même commencèrent par s’orienter vers la France puis ensuite du côté de l’Allemagne qu’illustraient à ce moment les succès d’Othon le grand. Ce dernier donna le titre de duc de Lorraine à son frère Bruno archevêque de Cologne qui divisa le pays en deux portions : la Basse-Lorraine ou Brabant où se formèrent les comtés de Luxembourg, de Namur, de Hainaut, de Hollande et les principautés épiscopales de Liège et d’Utrecht — et la Haute-Lorraine qui demeura duché, mais dont furent pratiquement distraites et traitées en cités indépendantes les trois évêchés de Metz, Toul et Verdun.

Tels étaient les domaines du roi d’Allemagne sur lesquels il exerçait un pouvoir dont le caractère dépendait en somme de son caractère personnel. Un Othon, un Frédéric Barberousse étaient aptes à dominer les duchés de haut ; mais des souverains trop jeunes ou de valeur insuffisante ne pouvaient qu’être le jouet de vassaux trop puissants. Ce roi était élu en théorie par les « six nations » à savoir Saxe, Franconie, Souabe, Bavière, Lorraine et Frise. Ces deux dernières ne comptèrent que très passagèrement et en fait l’élection fut le plus souvent illusoire. Elle ne devait devenir régulière que vers 1254 après la dissolution du Saint-empire lorsque l’usage s’établit de n’y faire concourir que sept personnages : les archevêques de Mayence, de Trèves et de Cologne, le roi de Bohême, le prince Palatin du Rhin, les princes électeurs de Saxe et de Brandebourg.

Que si nous passons maintenant au royaume d’Italie nous le trouvons dans une situation bien moins définie encore que ne l’était l’Allemagne. L’Italie du début du xime siècle comprenait principalement : les États de l’Église, les domaines de l’évêque de Trente, des archevêques de Milan et de Ravenne, le comté de Toscane, les duchés de Spolète et de Bénévent et quelques autres principautés de moindre importance. En Allemagne si le roi n’était pas toujours obéi de ses ducs, du moins ceux-ci l’étaient plus ou moins dans leurs duchés. Mais la caractéristique de l’Italie d’alors, c’est que le titulaire du pouvoir dominait parfois chez son voisin mais n’était presque jamais le maître chez lui. Un temps, après l’effondrement de la puissance lombarde, les archevêques et évêques avaient eu en mains la direction effective des villes du nord ; ils représentaient la seule autorité alors viable : peu à peu l’administration, la justice,