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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome III, 1926.djvu/134

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histoire universelle

et musiciens celtes d’Irlande et d’Écosse. Il s’est présenté deux mille sept cents convives. L’antipathie s’accroît entre les deux races. Les quelques seigneurs anglo-normands établis en Irlande après son « annexion » théorique par Henri II et qui défendent ses droits à l’autonomie sont considérés par les Anglais d’Angleterre comme des dégénérés. Un noble anglais reconnu coupable d’assassinat n’a-t-il pas été acquitté parce que la victime « n’était qu’un Irlandais »

Aux Pays-Bas vivaient deux races distinctes : des Wallons d’origine celto-romaine occupant la région de Lille à Luxembourg à peu près — et des Flamands cantonnés au nord de Bruxelles entre l’Escaut et le Rhin. La frontière linguistique en somme n’a pas changé et, fait remarquable, jamais elle n’a constitué une frontière politique. Toutes ces terres avaient été rattachées au Saint-empire par l’empereur Henri ier vers 925. C’est alors que la « Lotharingie » avait été divisée en Haute et Basse Lorraine. Pour gouverner la « Basse Lorraine », l’empire avait longtemps eu recours aux princes-évêques de Liège, d’Utrecht et de Cambrai, gouverneurs tout indiqués. Après le concordat de Worms qui fut comme un embryon de laïcisation, l’autorité de ces prélats s’affaiblit. La féodalité domina. Il y eut alors, à côté du comté de Flandre proprement dit et en plus des trois principautés épiscopales, des duchés de Brabant et de Limbourg, des comtés de Hainaut, Namur, Luxembourg, Hollande et Gueldre. Dès 1185 un comte de Hainaut sollicité par l’empereur de se ranger à ses côtés contre Philippe-Auguste, arguait de sa « neutralité obligatoire » entre France et Allemagne.

Sous une dynastie énergique et populaire la Flandre avait vécu deux siècles d’une vie vraiment nationale, lorsqu’après Bouvines — l’Artois détaché et les villes de Lille et de Douai prises en gage par le vainqueur — il sembla qu’elle dût graviter désormais dans l’orbite de la France. Mais Ypres, Gand, Bruges qui étaient déjà en grande prospérité résistèrent à l’emprise. Un patriciat de bourgeois capitalistes et commerçants y faisait la loi à l’exclusion des gens de métier. Ceux-ci finirent par se lasser d’obéir et voulurent avoir leur part d’influence. L’Angleterre qui avait d’abord soutenu cette rébellion la laissa écraser mais les ferments démocratiques ne furent pas extirpés pour cela. Ce qui avait échoué au xiime siècle devait réussir au xivme. Les mêmes ferments existaient en Hollande. Là, dans le cadre