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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/164

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l’état pontifical

On s’indignait de leur faste croissant, de leur orgueil jamais assouvi, de leur honteuse vénalité. Les revenus ecclésiastiques étaient devenus immenses et la moitié du sol se trouvait aux mains du haut clergé.

La mort de Boniface viii fut suivie d’une longue éclipse de la papauté. Cette éclipse eut deux phases. La première se déroula à Avignon où se succédèrent de 1309 à 1377 sept pontifes français qui tinrent leur cour dans cette ville[1] non sans utilité parfois pour les lettres et les arts mais en tous cas sans grande autorité morale sur le reste du monde chrétien. La seconde phase fut encore plus longue (1378-1449). Ce fut celle du schisme ; il y eut deux papes, parfois trois gui s’invectivaient et s’excommuniaient l’un l’autre. Les fidèles divisés, la corruption ecclésiastique grandissante, les gouvernements aux prises avec mille difficultés résultant de ce désordre, telles étaient les lointaines conséquences de l’imprudente attitude de Grégoire vii. Quatre conciles successivement assemblés à Pise, à Constance, à Bâle, à Florence travaillent en vain à rétablir l’unité. Le schisme cesse enfin par l’abdication d’un des pontifes mais l’unité demeure rompue. Bientôt la moitié de l’Europe passe au protestantisme cependant que Rome, sous des papes guerriers ou artistes — un Alexandre Borgia, un Jules ii, un Léon x — s’est mêlée activement aux agitations fécondes ou stériles dont vit l’Italie de la Renaissance.

Si la papauté, dès lors, a encore une histoire dont il faut chercher le fil conducteur dans les annales de l’Espagne, de l’Allemagne ou de la France — l’État pontifical n’en a plus. Il survit et voilà tout. Son existence est quelconque et demeurera telle jusqu’au soir du xixme siècle, jusqu’à ce que l’unité politique de l’Italie enfin réalisée y mette un terme et du même coup émancipe le chef de l’Église, si longtemps esclave de sa faible royauté.

  1. Avignon, ancienne colonie de vétérans fondée par les Romains appartint successivement aux Burgundes, à Théodoric, aux Arabes. En 879 elle fut incorporée dans le royaume d’Arles mais en réalité demeura une sorte de république indépendante placée sous un vague protectorat pontifical. Après que les papes s’y furent réfugiés, ils en firent l’acquisition. Avignon et le comtat Venaissin (Vaucluse) ne furent définitivement incorporés à la France qu’en 1791.