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Page:Coubertin - Essais de psychologie sportive.djvu/260

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— fût-ce même de l’arme que le mouchetage a rendue inoffensive — opère sur l’individu de deux façons. Ou bien elle le fait sortir de lui-même, ou bien elle le fait rentrer en lui-même. Ou bien elle l’assagit, ou bien elle l’exalte. Nous nous souvenons d’un incident amusant qui illustre assez bien ce que nous venons de dire. Un escrimeur français fort connu — gros homme solide, bien nourri et bon garçon — rencontrait sur la planche un adversaire plus réputé comme littérateur que comme ferrailleur, et se flattait de n’en faire qu’une bouchée. Ce dernier, plutôt menu, tout en nerfs, exubérant, voire un peu agité, se montra sous les armes d’un calme olympien. Rien ne le troublait. L’autre, passionné, agité, y perdit bientôt ses moyens et, de dépit, ôtant tout à coup son masque, s’écria naïvement : « Je ne peux rien faire. Il est calme comme un bâton ! » Cette petite scène avait des spectateurs. Mais elle se renouvelle souvent sans qu’on y prenne garde, et on y trouve la preuve que le contact de l’arme agit sur l’homme