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Mais autour de ces chaires, il fallait créer un mouvement et attirer des auditeurs. Or, la guerre avait tout bouleversé : de « la Conquête albigeoise » était sortie une véritable révolution sociale. L’aristocratie languedocienne était anéantie, emmurée et dépossédée. Une nouvelle noblesse, celle du commerce et de l’argent, était en train de monter au premier rang. C’est dans ce monde nouveau que la jeune Université allait trouver ses premières recrues.

Mais le mot d’ordre de l’Église et de la Papauté était de favoriser l’accession du peuple et des pauvres au bénéfice d’une instruction plus haute, jusque là réservée aux classes souveraines ou bourgeoises. Tous les ordres religieux furent sollicités par le pape de se prêter à la réalisation de ce noble dessein.

Les premiers à répondre à cet appel furent l’abbaye de Saint Sernin et le monastère de Grandselve, près de Grenade, au diocèse de Toulouse. La première, par une transformation heureuse, changea l’affectation de l’Hôpital Saint-Raymond et elle en fit un collège. Quelques années plus tard, Grandselve fondait le collège Saint Bernard. Et c’est ainsi que là où la vieille abbaye toulousaine distribuait le pain quotidien et les soins matériels aux pauvres de la Cité, elle dispensa désormais à d’autres mendiants une nourriture plus noble et non moins nécessaire.

Cette priorité dans la création du premier collège boursier de Toulouse ne saurait être refusée à la vieille abbaye et demeure une de ses gloires les plus pures. L’élan qu’elle a donné va se perpétuer pendant deux siècles et, dans cet espace restreint que son clocher illumine de tout l’éclat de ses briques et qui va du Capitole aux Jacobins et aux Cordeliers, vingt collèges viendront se grouper, frères puinés du vénérable collège Saint-Raymond.

LA VIE COLLEGIALE

1o La Vie Matérielle.

C’était l’abbaye de Saint-Sernin qui avait la charge de faire vivre l’Hôpital Saint-Raymond et de lui fournir le pain, le vin et le sel, comme le voulait la charte de fondation. C’est elle qui assuma aussi la responsabilité de nourrir et d’entretenir les pauvres écoliers du nouveau collège, « ut pueri alimentarii », dit un docu-