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Page:Coppée - Contes tout simples, 1920.djvu/44

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Tout d’abord, M. Rozier et ses amis applaudirent à ce beau trait de dévouement conjugal. Ils adoptèrent d’autant plus facilement cet estaminet privé que les rafraîchissements y étaient gratuits. Chaque soir, après le traditionnel et inoffensif doigt de cour à la patronne, en passant devant le comptoir, ils allaient prendre leur pipe au râtelier, s’installaient et, tout en tripotant la dame de pique, blâmaient les actes du gouvernement. Mme Rozier eut la joie de contempler, de neuf heures à minuit, le visage de son Achille — un peu voilé, il est vrai, par un nuage de tabac — et d’entendre sa voix bien-aimée dire, de temps à autre, « j’en donne », ou encore « je coupe, et atout ». La belle droguiste put alors se flatter d’avoir enchaîné son mari auprès d’elle, d’avoir fait de lui un homme d’intérieur, un gardien du foyer. Mais cette chimère dura peu. Au bout d’un mois, Mme Rozier s’aperçut qu’Achille s’ennuyait, éprouvait une tris-