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plus. Elle en eut un gros chagrin et ne le dit à personne. Du temps passa encore. Elle se consola un peu. Son père, qui sentait venir sa fin, lui conseillait de se marier. Mais aucun homme ne lui plaisait. Le vieillard mourut. Elle resta toute seule, avec sa tristesse, et, comme certaines blondes à peau très fine, se fana de bonne heure, eut assez vite presque l’air d’une petite vieille.

Enfin, un jour, — oh ! plus de douze ans s’étaient écoulés, — elle apprit, par les journaux, que son client d’autrefois venait de faire représenter, avec éclat, un grand drame en vers au Théâtre-Français, qu’il était désormais riche et célèbre. Et elle en fut comblée de joie, dans son bon cœur.

L’Illustration publia le portrait du triomphateur, rajeuni par le succès, beau comme jadis, superbe. Elle contempla la gravure avec mélancolie et elle venait de le suspendre, non sans un peu d’orgueil intime, à son étalage, lorsqu’elle