Ouvrir le menu principal

Page:Contes tjames, trad. Landes, 1887.djvu/68

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


marchant dans le chemin il pleurait. Le lièvre le voyant pleurer lui demanda : Qu'as-tu pour pleurer si fort, ô homme ? Hahvëi répondit : Je suis engagé pour porter de l'eau pour arroser le tabac, j'ai écrasé un ratong dao et le roi des poissons veut me manger. Le lièvre lui dit : Maintenant va porter ton eau à la maison, ensuite va couper une pleine charrette de ramœk[1] et porte-la moi en ce lieu afin que je te sauve.

L'homme obéit au lièvre ; il revint à la maison, alla couper du ramœk et le rapporta au lièvre. Le lièvre le mena à l'endroit où il avait écrasé le ratong dao et lui ordonna de prendre sa serpe, d'écorcer le ramœk dans ce lieu et de faire une levée de terre tout autour. Ensuite le lièvre ordonna à Halwëi d'ouvrir toute grande l'ouverture (qu'il avait laissée à la levée) et se tenant au milieu du ramœk de crier aux poissons de venir le manger. Halwëi cria au roi des poissons de venir le manger.

Le roi des poissons (et les poissons) accoururent et voulurent dévorer Halwëi mais ils furent frappés par le ramœk et moururent par milliers et dix milliers. Le lièvre dit à Halwëi de prendre ces poissons, de les entasser sur la berge et de les charger sur la voiture pour les apporter à la maison ; là les saler, en faire sécher une partie, d'une autre faire du mâm, d'une autre du hachis, d'une autre du poisson sec. Le lièvre dit à Halwëi d'aller vendre tous ces poissons ; il alla les vendre et il eut de l'argent et du riz, devint riche et n'eut plus besoin d'aller se louer chez les gens.

  1. Ramœk, espèce de liane ou plutôt d'arbuste à nombreuses ramifications sans feuilles, ayant l'aspect de cornes de cerf. Les Tjames en emploient le suc pour empoisonner le poisson.