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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/96

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DU CAPITAINE COIGNET.

Me voilà le râteau sur l’épaule, à côté de la porte, le chapeau à la main. M. Potier me prit par le bras et me frappa sur l’épaule : « Jean, me dit-il, vous rendez votre maîtresse heureuse et moi content ; c’est plus joli que l’herbe qui était dans le jardin. — C’est charmant, dit madame, si ton monde de Paris vient te voir, tu pourras les promener à présent. — Vous ne verrez plus d’herbe pousser dans vos allées. »

Je me remis au moulin, à la charrue et à tout faire, surtout à dresser des chevaux. Monsieur reçoit une lettre de Paris pour se rendre de suite au Luxembourg, chez son représentant, pour affaires. « Jean, mon garçon, il faut partir demain matin pour Paris. Je crois que c’est des chevaux que l’on demande. — Si cela est, ils payeront votre folie de jardin. »

Nous partîmes à cinq heures ; à onze heures, nous étions à Paris. Mon maître se présente à l’adresse indiquée ; le chef du Directoire[1] lui dit : « Il nous faut vingt chevaux de première taille, tout noirs, sans aucune tache ; les prix sont de quarante-cinq louis. Où les prenez-vous ? — Monseigneur, dans le pays de Caux et à la foire de Beaucaire. C’est là que je trouverai ces tailles-là. — Cela suffit. Partez de suite ! A quelle époque livrez-vous ? — Il me faut trois

  1. Ce n’était pas un Directeur, mais, comme on le verra, quelque fonctionnaire principal de l’administration.