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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/64

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DU CAPITAINE COIGNET.

Combien ce nom me faisait de peine ! Mon petit chapeau à la main, je suivais madame. « Allons, dit-elle, laissez cet enfant, allez à votre ouvrage. Venez, mon petit ! »

Comme elle était belle, Mme Potier ! car c’était bien la femme du petit que je redoutais. Je ne l’appris que le lendemain. Quelle surprise pour moi de voir une si belle femme et un si vilain mari ! « Allons, continue-t-elle, il faut manger un morceau et boire un coup, car on ne soupe qu’à sept heures. »

Et voilà madame qui me fait parler de notre voyage, et je lui dis : « Madame, tous les chevaux sont vendus. — Êtes-vous content de votre maître ? — Oh ! madame, je suis enchanté. — Ah ! c’est très bien ce que vous dites là. Aussi mon mari m’a écrit que vous étiez un bon sujet. — Je vous remercie, madame. »

Le soir, à sept heures, on soupe (c’était le vendredi). Je vois une table servie comme pour un grand repas, tout en argenterie, timbales d’argent, deux paniers de bouteilles. On me fait appeler pour me mettre à table. Quelle est ma surprise de voir douze domestiques : garde-moulin, charretiers, laboureur, fille de laiterie, femme de chambre, boulangère et femme de peine. Le tout formait dix-huit. Les six autres étaient à Paris avec des chariots qui menaient les farines pour les boulangers de Paris ; ils faisaient le voyage toutes les semaines (il y a