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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/55

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LES CAHIERS

et nous partirons. Dites à madame que nous voudrions manger des œufs à la coque. »

Je vais faire lever ma sœur qui se dépêche.

Je retourne à l’écurie préparer mes deux bidets. Ces messieurs arrivent et montent à cheval. « Madame, vous nous permettez d’emmener votre domestique avec nous pour passer les bois ? — Eh bien ! va, me dit-elle, avec ces messieurs. »

Me voilà parti. Aussitôt hors de l’endroit, ces messieurs mettent pied à terre, me mettent entre eux deux, et me demandent combien je gagnais par an. « Je puis vous le dire. C’est de l’argent, des chemises, une blouse, des sabots, et puis j’ai des profits ; je ne puis pas dire au juste ce que je gagne. — Eh bien ! ça vaut-il bien cent francs ? — Oh ! oui, messieurs. — Comme vous paraissez intelligent, si vous voulez venir avec nous, nous vous emmènerons ; nous vous donnerons trente sous par jour, et nous vous achèterons un bidet tout sellé. Nous vous prendrons en passant ici. Si vous vous ennuyez chez nous, votre voyage sera payé. — Messieurs, je le veux bien, mais vous ne me connaissez pas, et l’on ne me connaît pas non plus dans l’auberge où je suis. Eh bien ! vous allez me connaître. Je suis le frère de la grande dame[1] chez qui vous avez couché. — Ça n’est pas possible ! — Oh ! je vous le jure. — Comment ça se fait-il ? — Eh

  1. Grande dame est ici pour grande femme.