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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/48

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DU CAPITAINE COIGNET.

que si l’on m’avait regardé, l’on m’aurait vu les yeux rouges comme un lapin, tellement j’étais chagrin en me voyant chez ma sœur et surtout son domestique, et à la porte de mon père.

Je n’eus pas de peine à me réveiller. Comme je n’avais qu’à sortir de mon trou et secouer mes oreilles, je me mets à battre le blé pour faire la fournée à huit heures. Je passe à l’écurie et je mets tout en ordre, et à neuf heures je vois paraître mon maître. « Eh bien, Jean, comment va la besogne ? — Mais, monsieur, pas mal. — Voyons la grange. Ce que tu as fait, dit-il, c’est bien travaillé. Ces bottes de paille sont bien faites. — Mais, monsieur, à Menou je battais tout l’hiver. — Allons, mon garçon, viens déjeuner. »

Enfin, le cœur gros, je vais chez cette sœur que ma mère avait élevée comme son enfant. J’ôte mon chapeau. « Ma femme, dit-il, voilà un petit garçon qui travaille bien, il faut lui donner à déjeuner. »

On me donne du pain et du fromage et un verre de vin. Mon beau-frère dit : « Il faut lui faire de la soupe. — Eh bien ! demain ; je me suis levée trop tard. »

Le lendemain, je me mis à l’ouvrage, et à l’heure je fus manger. Ah ! pour le coup, je trouvai une soupe à l’oignon et du fromage, et mon verre de vin. « Ne sois pas honteux, mon gar-