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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/374

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mois pour cela. — Cela ne me regarde pas. — C’est bien, me dit-il, je ferai mon possible. »

Mais il n’en put dire davantage. Celui qui venait de conduire mon cheval à la grange se mit à crier : Cosaques ! Cosaques ! Je me voyais pris. Ce brave maire me fait sortir de son cabinet dans l’antichambre, tourner de suite à droite, et, me prenant par les épaules, me fait baisser la tête et me pousse dans le four ; je n’ai pas le temps de la réflexion ; ce four est au ras de terre, sous voûte, très haut et long ; il avait déjà été allumé, mais il n’était pas trop chaud, c’était supportable. Je n’eus pas le temps de me retourner ; je mis le genou droit à terre et restai. J’étais dans une grande anxiété. Cet aimable maire avait eu la présence d’esprit de prendre du bois qu’il mit devant l’entrée de son four[1] pour me cacher. Sitôt fait, des officiers parurent chez le maire, mais ils passaient devant la gueule du four où j’attendais mon sort ; les minutes étaient des siècles, mes cheveux se dressaient, je me croyais perdu. Que le temps est long quand la tête travaille !

J’entendis enfin sortir du cabinet tous ces officiers qui passèrent devant mon refuge ; un frisson mortel passa dans tout mon être, je me crus perdu, mais la Providence veillait sur moi. Ils s’étaient emparés de mes dépêches et parti-

  1. Ce devait être le poète de la maison.