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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/237

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LES CAHIERS

pas voir plus de courage dans l’adversité, qu’il avait tout supporté comme nous : « Aussi, dit-il, il vous traite de grognards. » Nous criâmes : « Vive le Général ! »

Les habitants de Varsovie nous reçurent à bras ouverts le 1er janvier 1807 ; le peuple ne savait que nous faire, et l’Empereur nous laissa reposer dans cette belle ville. Mais cette petite campagne de quatorze jours nous avait vieillis de dix ans.

Après avoir passé quelque temps à Varsovie, on nous fit partir en avant, dans de mauvais villages. Les habitants avaient tout emporté, et emmené leurs bestiaux dans des forêts très-éloignées de leurs villages. Comme la faim met le loup hors du bois, étant réduits à la dernière misère, nous partîmes douze hommes bien armés pour fouiller la forêt à une lieue de notre village, par des neiges d’un pied de haut. Arrivés là, nous trouvâmes les pas d’un homme, nous les suivîmes, et nous arrivâmes dans un camp de paysans sur le revers d’une montagne. Tous leurs animaux étaient attachés, et les marmites au feu ; ils furent saisis et n’osèrent faire feu sur nous. Il y avait des chevaux, des vaches, des moutons : tout fut détaché, et nous prîmes de la farine et du pain en très petite quantité. Nous arrivâmes à notre village avec 208 bêtes, et le partage se fit moitié pour nous, moitié pour les paysans. On leur laissa tous leurs chevaux,