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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/219

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LES CAHIERS

lui dirent : « Il faut lui faire chauffer du vin bien sucré et lui mettre le pot-au-feu pour lui faire du bon bouillon, le bien couvrir ; c’est un fort frisson. »

Les malins se régalèrent aux dépens de l’avare. Le soir, on vient me visiter, et la dame passa la nuit dans son fauteuil. Le lendemain, madame me remit les quinze sous et l’on me fit la conduite ; les voisins furent enchantés de la farce que j’avais jouée. Nous arrivâmes à Claye et de Claye à la porte Saint-Denis, où le peuple de Paris nous attendait ; on nous avait fait dresser un arc de triomphe. Nous trouvâmes, aux Champs-Élysées, des tentes et des tables servies de viandes froides, avec des vins cachetés, mais le malheur voulut que la pluie tombât tellement fort que les plats se remplissaient d’eau. Nous ne pûmes manger, on faisait sauter les cous de bouteilles avec les bouchons et ou buvait debout. C’était pitié de nous voir, tous trempés comme des canards.

Nous partîmes pour Courbevoie trois bataillons ; un resta pour faire le service. L’Empereur nous donna du repos, et nous fûmes habillés tout à neuf. Nous passâmes de belles revues, et la bonne ville de Paris nous servit un dîner magnifique sous les galeries de la place Royale ; rien n’y manquait. Le soir, comédie gratis à la porte Saint-Martin, on nous donna pour représentation le Passage du mont Saint-Bernard, et