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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/197

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LES CAHIERS

malheur d’avoir perdu les deux autres, dont un est venu mourir près de vous sans que vous lui donniez l’hospitalité. Voilà encore une barbarie de votre femme, et vous, homme faible, vous avez pu fermer la porte à votre fils aîné. Il faudra cependant nous rendre compte, vous savez que vous nous devez trois mille francs. »

Ma belle-mère, qui était au coin du feu, me dit : « Comment ferions-nous pour vous donner tout cet argent ? — Il n’est pas permis à une marâtre de femme comme toi de se mêler de mes affaires. Cela me regarde avec mon père, si je n’avais pas tout le respect que je lui dois, je te ferais sauter la tête de dessus tes épaules ; tu ne prendras plus les pincettes pour m’arracher le nez. Malheureuse ! tu n’as pas de honte d’avoir mené ces deux innocents dans les bois et les avoir abandonnés à la merci de Dieu. Vois ton crime, serpent ! Si Dieu ne retenait pas mon bras, je ne sais pas, je ferais un malheur. »

Mon père était tout pâle : je frémis de la sortie que je m’étais permis de faire devant lui, mais j’avais le cœur soulagé.

Il ne fut parlé que de moi dans tout le pays et aux environs. Je reçus des visites de toutes parts, que je rendis et je fus reçu partout avec amitié. Je reçus une lettre de M. de la Bergerie, préfet de l’Yonne, sur l’ordre du maréchal Davoust qui était arrivé à Auxerre, pour être près