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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/167

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mine, mais il fallait bien se renfermer de crainte d’être égorgés la nuit.

Me promenant le long de la rivière, je rencontrai deux prêtres français émigrés qui étaient dans un état de misère complète ; ils m’accostèrent pour me demander des nouvelles de France. Je leur dis que je n’avais fait que passer, que l’on disait que les émigrés seraient rappelés, et que s’ils voulaient aller voir le général Leclerc, ils seraient bien reçus, que le général était le beau-frère du premier Consul. Ils y furent le lendemain et ils reçurent de bonnes nouvelles ; ils me retrouvèrent et me prirent les mains et me dirent que j’étais leur sauveur. Quinze jours après, ils reçurent l’ordre de rentrer en France, et je fus embrassé par ces malheureux proscrits ; je leur donnai le conseil de se déguiser crainte d’être insultés en rentrant en France. De Valladolid nous partîmes pour Salamanque, grande ville où nous restâmes longtemps à passer des revues et faire la petite guerre ; notre avant-garde poussait sa pointe sur la frontière du Portugal et la guerre n’eut pas lieu. Ils amenèrent dix-sept voitures bien escortées[1], et la paix fut faite sans se battre.

Nous rentrâmes en France par Valladolid. En partant de cette ville, les Espagnols nous

  1. Par ses deux traités de juin et septembre 1801, le Portugal s’était engagé à payer 25 millions à la France.