Ouvrir le menu principal

Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/117

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Voilà qu’il nous arrive un beau grenadier qui se présente avec le chef de bataillon qui fait prendre les armes pour recevoir M. Thomas (ou Thomé) pour lieutenant dans la 96e demi-brigade ; et là sur-le-champ, il nous dit : « C’est moi qui ai sauvé la vie avec mon camarade à Bonaparte. La première fois qu’il est entré dans la salle, deux ont foncé sur lui avec des poignards et c’est moi et mon camarade qui avons paré les coups. Et puis il est sorti ; ils lui criaient : hors la loi ! C’est là qu’il a tiré son épée et nous a fait croiser la baïonnette, et leur a crié : hors la salle ! en appelant son frère. Tous les pigeons battus se sont sauvés par les croisées, et nous avons été maîtres de la salle. »

Il nous dit encore que Joséphine lui avait donné une bague qui valait bien quinze mille francs, avec défense de la vendre, disant qu’elle pourvoirait à tous ses besoins.

Tout notre beau bataillon fut définitivement incorporé dans la 96e demi-brigade de ligne, vieux soldats à l’épreuve qui avaient des officiers distingués qui nous menaient ferme. Notre colonel se nommait M. Lepreux, natif de Paris, bon soldat et doux à ses officiers. Notre capitaine se nommait Merle, il possédait tous les talents militaires : sévère, juste, toujours avec ses grenadiers aux distributions, à l’exercice deux fois par jour, sévère pour la discipline ; il assistait aux repas ; il nous faisait apprendre à tirer des