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porter et qui le rendait inapte aux déplacements que nécessitent les affaires. Il passait ses journées dans sa chambre, enfoncé dans une grande chaise capitonnée, tournée du côté de la fenêtre. Ne sortant plus, il s’enveloppait dès le matin dans une grande robe de chambre marron qui empestait le tabac et il lisait ou révisait des comptes en fumant sa pipe. À cause de son angine, la présence d’un enfant dans la maison lui était à charge. Il avait toujours été dur avec moi. Néanmoins, au temps où il pouvait encore sortir, j’avais souvent désiré ou redouté son retour.

Il était incontestablement le chef de la tribu. Quand mes camarades me demandaient où je demeurais, je répondais spontanément : « Chez mon grand-père ».

Ma grand’mère, mon père et ma belle-mère ne vécurent qu’en fonction de lui jusqu’à son abdication. La transition ne se fit pas sans secousse. Il y eut des discussions passionnées.

— Si vous désirez que je m’occupe des affaires, disait mon père, laissez-moi un peu d’initiative. Il faut que j’aie le privilège de me tromper