Page:Charbonneau - Fontile, 1945.djvu/180

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Bonneville, poussé par Vaillant, s’en prit à la fois à l’administration et au député. Son article, tourné dans le ton badin, de loin le plus sarcastique qu’il eût rédigé depuis son entrée au journal, décrivait une conversation imaginaire entre le magistrat municipal et le député, chacun refusant de céder devant l’autre et prêts tous les deux à rester sur leurs positions jusqu’à l’extinction du dernier nécessiteux. L’article parut dans l’édition du midi mais fut supprimé dans celle du soir. À cinq heures, les bureaux furent envahis par les gens qui en avaient eu des échos et qui, ne le trouvant pas dans leur édition, venaient le lire dans les collections. Je me rendis aussi au journal. Parmi les plus pondérés, on jugeait cette plaisanterie pour le moins déplacée et de nature à soulever les esprits.

En rentrant à son bureau, après le dîner, Bonneville y trouva un homme qu’il ne reconnut pas tout d’abord, car il était resté dans l’ombre, mais dont la voix familière révéla aussitôt l’identité.

Gustave Aquinault n’appréciait pas la plaisanterie. C’était un homme sérieux, dont la voix