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Personne n’a probablement éprouvé d’une façon aussi littérale la vérité de la définition de Goethe : « Poésie, c’est délivrance. » Me délivrer de quoi ? D’un tourment qui menaçait non seulement ma santé, mais, me semble-t-il, ma raison.

Car cette angoisse m’attendait à mon réveil, me fascinait à l’église, puis reprenait sa place au fond de mon esprit pendant la classe ou la lecture et le soir, dès que j’étais immobile. Par bonheur, je dormais en me couchant. Si je m’éveillais la nuit, elle était là et pour fuir cette lutte inégale, je m’abîmais dans la prière. Bientôt, je cherchai la solitude, au soleil, dans la campagne, pour l’analyser, la comprendre, la dépasser. Elle s’accompagnait, je me le rappelle maintenant, d’un sens de l’écoulement du temps. L’enfant qui croit avoir laissé la maison en flamme combat la frayeur qu’il a d’avouer sa faute en donnant l’alarme ; le conflit l’occupe tout entier. C’est quand il a nié son acte, qu’il a tenté de l’oublier que la conscience entre en branle. Le fait qu’il n’a pas vu de flamme ne le