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la lente épreuve

 


Je fuyais bien souvent, dans l’ombre des massifs,
Ne désirant plus rien que l’oubli, le silence,
Laissant le doute naître en mon cerveau passif
Et ne gardant que la souffrance
Des baisers vains et fugitifs.


Des baisers sans amour et des paroles vides
Qui satisfont les sens ou l’esprit, non le cœur,
Et, tristement penché sur un ruisseau limpide,
J’avais baigné mes yeux en pleurs
Au cristal frais des eaux rapides.


D’où vient donc qu’au retour de ce même printemps,
Je sens frémir soudain et jaillir ma pensée ?
D’où vient qu’une chanson claire s’est élancée
Comme un hymne d’espoir, de mon cœur de vingt ans ?


C’est que vous êtes là, ma souriante amie,
Vous que je rencontrai sur la route de vie,
Comme vous y passiez, rêveuse aux cheveux bruns,
Heureuse des couleurs, des suaves parfums,
Heureuse d’écouter les voix de la nature.
Et vous m’avez souri de votre bouche pure,
Et vous avez posé votre main dans ma main,
Et vos grands yeux brillants éclairent mon chemin.