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Page:Cammaerts - Les Bellini, Laurens.djvu/87

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LES BELLINI.

distrait du pompeux défilé. En tête, marchent les chantres accompagnés de quelques musiciens, ayant sans doute pour mission de soutenir les voix. Ce groupe, comme tous ceux du premier plan, renferme de nombreux portraits, parmi lesquels celui de Gentile lui-même, que nous pouvons identifier d’après un dessin de la collection Beckenrath, à Berlin. Puis, derrière six frères portant des cierges, sous un baldaquin, le précieux reliquaire ; ensuite un nouveau groupe de porte-cierges, parmi lesquels plusieurs personnages trahissent dans leur maintien une certaine tiédeur ; des regards se croisent, des sourires s’échangent. L’attitude des spectateurs devient aussi plus libre au fur et à mesure qu’on s’éloigne de la relique. Au loin, sortant du palais Ducal, on distingue le grand chancelier précédé d’un groupe de trompettes, et le doge lui-même, suivi des procurateurs, des magistrats et des nobles, marchant deux par deux. Quelques groupes épars contribuent à faire paraître plus vaste encore l’espace libre, au centre de la place, au fond de laquelle surgit, dans l’auréole de ses mosaïques, l’église Saint-Marc. (Ce sont, remarquez-le, les anciennes mosaïques dont une seule, celle du porche de gauche, nous a été conservée.)

Quelle illustration plus parfaite pourrait-on rêver de ce goût vénitien pour les brillants cortèges dont il était question au début de cette étude ?

Mais ce tableau est mieux qu’une chronique pittoresque, où le blanc des robes et des surplis, le rouge du pavé de la place, et l’or du reliquaire, des candélabres et des