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JOURNÉE I, SCÈNE II.


aurelio.

Où va don César ?


tristan.

Eu enfer probablement, mais je n’en sais rien.


aurelio.

Attendez-moi ici un moment ; je vais chercher ce qu’il lui faut. (À part.) Ô ciel ! le duc a peut-être appris que Lisardo était à Milan, et c’est pour cela qu’il le fait partir.

Il sort.

doña violante.

Je ne sais comment je n’étouffe pas de dépit… C’est ainsi que don César me délaisse ! Lui si constant et si fidèle lorsque je ne lui montrais que du dédain, c’est ainsi qu’il reconnaît ma bonté !


tristan.

Maintenant que je puis parler, madame, écoutez-moi, et vous verrez que tout en venant ici pour faire un recouvrement, je viens ici pour vous payer ce qu’on vous doit. Don César m’envoie vers vous avec ce billet.


nice.

Prenez-le, et vite, car voici mon maître qui revient.


doña violante.

Je crains qu’il ne m’ait vue, et je tremble.


AURELIO rentre.

aurelio, à Tristan.

Prenez, et Dieu vous conduise[1] !


tristan.

Qu’il vous conserve une éternité de siècles !… et remarquez, mon seigneur, que cette fois je ne compte pas[2]. (À part.) Je m’en vais mieux dépêché que je ne croyais ; car enfin j’ai remis le billet, et je sors avec de l’argent et point de coups de bâton.

Il sort.

doña violante, à Nice.

Si mon père avait vu le billet !


nice.

C’est impossible ; il en aurait témoigné son mécontentement.


aurelio.

Ma fille, je vais demain, comme vous le savez, à ce village.


doña violante, à part.

Que je suis heureuse ! il ne se doute de rien, puisqu’il pense à son voyage.

  1. Cette locution id con Dios, allez avec Dieu, ou, Dieu vous conduise, se reproduit fréquemment dans les comédies espagnoles. Bien qu’au premier abord elle puisse sembler un peu étrange à des personnes d’un goût délicat, nous avons cru devoir la reproduire quelquefois parce qu’elle a quelque chose de religieux, qui est tout-à-fait dans les idées et dans les habitudes espagnoles.
  2. Encore un jeu de mots intraduisible sur le verbe contar, qui signifie tout à la fois compter et conter une histoire.